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Pour Louis Cornellier, pas de salut en dehors de l’État central. Dans sa recension du livre Libérer les Québecs dans Le Devoir du 17 novembre, Louis Cornellier oppose une fin de non-recevoir à toute forme de décentralisation. Pour lui, seul l’État est en mesure d’assurer les services partout de façon adéquate, et une fragmentation de ses pouvoirs en faveur des communautés locales et régionales, dans le contexte du peu d’intérêt actuel des citoyens, serait inutile et dangereuse. L’idée relève selon lui de la pensée magique. À ce compte, M. Cornellier, il faut aussi dire que la démocratie relève de la pensée magique. Car lorsqu’on parle de décentralisation, on parle précisément de démocratie, de souveraineté du peuple. Ce ne sont pas les Jacobins ni les Britanniques qui ont inventé la démocratie, incapables de se dissocier de l’idée monarchique selon laquelle le pouvoir vient d’en haut, mais les fondateurs des «Etats-Unis» qui affirment au départ que c’est le peuple et non l’État qui est souverain. Il ne semble pas venir à l’idée de M. Cornellier que le désintéressement des citoyens pour la politique puisse venir en grande partie du fait qu’ils réalisent qu’ils n’ont plus aucune prise sur les décisions qui se prennent sans eux, que le pouvoir ne tient pas compte d’eux et de leur réalité particulière, qu’ils sont réduits au rôle de clients de l’État et de consommateurs des multinationales. Faire fonctionner la démocratie au niveau des territoires est la seule façon de permettre aux régions, aussi bien urbaines que périphériques, de prendre en charge leur développement et de faire contrepoids à la délocalisation galopante provoquée par le libre échange absolu. La force des régions c’est leurs différences. Mais elles sont de plus en plus victimes de la complicité de l’État central avec les multinationales. On le voit une fois de plus dans le développement éolien, offert sur un plateau d’argent aux multinationales, au mépris le plus total des populations régionales concernées. Pour redonner vie aux économies régionales, il faut redonner aux populations régionales un pouvoir sur la gestion de leurs ressources et sur l’organisation de leurs services. Qu’y gagneraient les citoyens au juste? Ils y gagneraient d’être des citoyens au lieu d’être réduits au rôle de clients, de consommateurs et même de quêteux. Vœu pieux, ajoute M. Cornellier. Oui, la démocratie est un rêve. Mais elle vaut mieux que le mépris des gens et l’élitisme dont fait preuve M. Cornellier lorsqu’il affirme: «à multiplier les paliers de gouvernance, on risque d’épuiser leur sens civique, de diluer leur énergie critique et de leur présenter des candidats de moins en moins inspirants. Plus grave encore, on risque de fragmenter la solidarité nationale, pourtant si nécessaire, dans une petite nation comme la nôtre, soumise à une autre qui ne demande pas mieux». Pour nous, ce qui tue l’esprit civique et la démocratie, c’est quand les gens ne décident plus rien et sont à la merci de mandarins. Et ce qui tue la solidarité nationale, c’est quand le pays réel est remplacé par l’État tout puissant. Roméo Bouchard, coordonnateur de la Coalition pour un Québec des Régions, co-auteur et directeur de la publication Libérer les Québecs
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