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Publication (commandes):
Libérer les Québecs
décentralisation/démocratie
Éditions Écosociété $18

Chapitre premier : Reconnecter les Québécois
avec leur territoire
Roméo Bouchard
Témoignage : la Coalition de Haute-Gaspésie

Chapitre 2 : Pour ou contre la décentralisation
Roméo Bouchard
Témoignage : Gaétan Ruest, maire d’Amqui, Vallée de la Matapédia

Chapitre 3 : Les principes d’une décentralisation démocratique
Marc-Urbain Proulx, Roméo Bouchard, André Larocque
Témoignage : Denis Trottier, député péquiste de
Roberval

Chapitre 4 : L’ancrage des gouvernements territoriaux
Des MRC et des municipalités plus démocratiques
Yvon Leclerc
Des Régions politiques et démocratiques
André Larocque
Pour l’élection de présidents régionaux
Pierre Racicot
Témoignage : Maurice Bernier, préfet élu de la MRC du Granit

Chapitre 5 : La représentation politique des régions
Paul Cliche
Témoignage : Gil Coutemanche, journaliste et écrivain

Chapitre 6 : Le rôle de l’État décentralisé : les politiques
nationales
Roméo
Bouchard

Chapitre 7 : La cohabitation avec les premières nations
Roméo Bouchard
Territoires régionaux et Premières nations

Conclusion : Construire le pays ou aménager des services
André Larocque
Annexe 1 : Le livre blanc de René Lévesque sur la décentralisation
Annexe 2 : Avis du Conseil économique et social des Nations Unies
Annexe 3 : Portrait des instances municipales et régionales
actuelles
Annexe 4 : La Fédération québécoise des municipalités et la
décentralisation
Références

Reconnecter les Québécois avec leur territoire.
Roméo
Bouchard
La
centralisation étouffe le Québec
La centralisation des décisions à Québec ainsi que la
tendance à privilégier les grandes villes et la concentration des
entreprises sont en train d’étouffer le Québec, de vider le territoire
et de démobiliser les Québécois.
Beaucoup ne croient plus en la politique pour changer
les choses parce qu’ils constatent chaque jour que les décisions qui les
concernent viennent toujours d’en haut et ignorent leurs besoins.
Les régions périphériques assistent impuissantes à
leur marginalisation et à l’exode de leur population parce que les
différents ministères de l’État autorisent en coulisses le pillage de
leurs ressources, sans leur permettre d’en vivre, et la centralisation
des services et des investissements dans les grands centres.
Les villes et la métropole elle-même sont traitées
par Québec comme des villages et n’ont pas les marges de manœuvre pour
innover et concurrencer leurs semblables.
Les citoyens vont voter tous les quatre ans, mais les
députés qu’ils élisent n’ont aucun pouvoir à l’Assemblée nationale face
au Parti majoritaire, qui peut gouverner en maître absolu avec le tiers
des suffrages, et dont le chef, pourtant élu dans un simple comté,
devient automatiquement premier ministre et nomme tous les ministres,
leurs sous-ministres et leurs attachés politiques de façon à pouvoir
exercer un contrôle absolu sur les décisions du gouvernement.
Beaucoup de Québécois n’osent même plus rêver de
souveraineté, comme au temps de René Lévesque, parce que l’État et le
Parti Québécois lui-même semblent avoir oublié depuis un bon moment le
pays bien réel où ils vivent et sont enracinés, et qui a besoin qu’on s’
occupe dès maintenant de ses régions, de ses forêts, de son agriculture,
de ses cours d’eau, de ses jeunes, de ses premières nations, de ses
responsabilités planétaires, sans attendre une souveraineté fuyante.
Décentraliser le Québec
La solution à cette paralysie du Québec n’est pas la
privatisation et la confiance aveugle en la main invisible du marché,
comme voudraient nous le faire croire nos prophètes de richesse, mais
bien plutôt la décentralisation et la démocratisation du pouvoir, la
confiance envers les citoyens et les communautés territoriales qui
seules peuvent redonner à tous le goût de créer, d’inventer des modèles
de développement sur leur territoire pour en mettre en valeur les
ressources et la diversité. La décentralisation, écrivait René
Lévesque dans son Livre blanc
sur le sujet, c’est d’abord un acte de confiance envers les individus
et un appel à leur créativité. Elle repose essentiellement sur la
conviction que les citoyens seront plus en mesure de définir eux-mêmes
leurs besoins et de répondre avec originalité et invention à leurs
aspirations s’ils exercent une prise directe (ou par l’intermédiaire de
leurs instances locales) sur la production des services et activités qui
les affectent quotidiennement.
Révolution tranquille : phase deux
Ce que propose la Coalition pour un Québec des
Régions à la nouvelle génération de Québécois est ni plus ni moins
qu’une deuxième Révolution tranquille, axée sur la réappropriation du
territoire et de la gouvernance par les citoyens et les communautés, un
état régionalisé et démocratique selon le rêve inachevé de René
Lévesque, qui y voyait «un vaste projet collectif qui renouvellera
notre façon de vivre en société et de s’administrer.»
La première Révolution tranquille a fait passer le
pouvoir de l’Église à l’État, un État capable de sortir la nation
québécoise de la situation de sujétion et de péril permanent où l’avait
placé la domination du capital et de la langue anglaise. En se dotant
d’une fonction publique indépendante, en assurant l’éducation, la santé
et les services sociaux essentiels à tous, en imposant la langue
française à tous, en regroupant le capital et l’épargne nécessaire au
développement d’une économie québécoise, l’équipe du «Maîtres chez nous»
a permis à la nation, en quelques décennies, de se libérer de son état
d’infériorité et de sa peur de disparaître pour s’affirmer dans tous les
domaines au Québec, au Canada et dans le monde entier.
Les membres de la Coalition qui s’expriment dans les
pages qui suivent sont tous convaincus qu’il est temps maintenant de
partager ce pouvoir de l’État, de remettre à la base ce pouvoir qui tend
à grossir et à se concentrer toujours plus dans l’appareil central de
l’État. La phase deux de la Révolution tranquille doit être celle de la
révolution citoyenne, démocratique et territoriale.
L’héritage de René Lévesque
Déjà en 1977, René Lévesque déclarait à la première
page de son livre blanc sur la décentralisation : «Il est devenu
urgent de réviser la répartition des pouvoirs au sein de notre
collectivité…Il ne s’agit plus d’opérer à partir du gouvernement
central et de la perception que l’appareil gouvernemental se fait des
besoins des citoyens et des collectivités locales, mais bien de
fonctionner de la base elle-même, des citoyens et des instances locales.
Pour y parvenir, il faut donner à ces instances et aux citoyens un cadre
et des moyens d’agir de façon efficace, autonome et responsable.»
René Lévesque proposait également, du même souffle, une réforme
électorale et parlementaire pour redonner aux citoyens le contrôle de
leurs élus. Mais l’appareil politique a écarté la plupart de ses projets
dans ce domaine. On attend toujours la réalisation de cette révolution
démocratique et une constitution québécoise digne de ce qu’est devenue
la nation québécoise dans les faits. Par un étrange paradoxe, après
avoir été l’âme de la première Révolution tranquille, René Lévesque,
dans son plan de décentralisation et de réforme électorale et
parlementaire, nous fournit pour ainsi dire la charte de la phase deux
de cette même révolution.
Haut
Le
rendez-vous manqué
À cette époque, à la suite du Bureau d’Aménagement de
l’Est du Québec à la fin des années 1960 (BAEQ), les premières bases de
la décentralisation avaient été mises en place : l’Office de
planification du développement de Québec (OPDQ), les régions
administratives, les conseils régionaux de développement (CRD), les
conseils régionaux de santé et services sociaux (CRSSS), les centre
locaux de services sociaux (CLSC), etc.
Cependant, au lieu de procéder à un véritable
transfert de pouvoirs et de moyens, comme le proposait René Lévesque,
les gouvernements, y compris ceux du Parti Québécois, se sont limités à
créer des Municipalités régionales de comté (MRC), non élues, sans
autonomie financière ni politique, avec des pouvoirs d’aménagement
restreints de toutes parts par les juridictions compartimentées des
divers ministères sur leur territoire (forêt, mines, agriculture, zonage
agricole, éducation, santé, transport, etc.). Les CLSC ont perdu peu à
peu leur enracinement communautaire pour devenir de simples points de
services du Réseau de Santé. Autour des MRC et des Régions, on a greffé
toutes sortes de structures de financement, de consultation, de
concertation, de régionalisation, de partenariats : les centres locaux
de développement (CLD), les centres locaux d’emploi (CLÉ), les pactes
ruraux, les conseils régionaux de gestion intégrée des ressources
naturelles, les fonds et les créneaux régionaux, les Régies régionales,
tout, sauf des instances politiques responsables. Le dernier rendez-vous
manqué est celui du gouvernement Charest en 2003 : sa promesse
solennelle d’une «véritable politique de décentralisation» s’est soldée
par le remplacement des Conseil régionaux de développement (CRD) par une
Conférence régionales d’élus municipaux, élus pour défendre leur village
ou leur ville et non pour exercer des mandats régionaux, qui risque de
fonctionner en parallèle avec les MRC et les intervenants régionaux
non-élus. Quant aux ententes de transferts de pouvoir avec les
municipalités, elles sont au point mort.
Toutes ces structures, qui ont malgré tout permis de
regrouper et de sensibiliser les dirigeants locaux et les communautés
régionales, entretiennent souvent une fausse impression quant aux
pouvoirs réels qu’elles prétendent conférer. Les élus municipaux
eux-mêmes craignent parfois de perdre leur pouvoir si on crée de vrais
gouvernements supra-municipaux. L’État quant à lui maîtrise maintenant
très bien l’art de donner l’impression de transférer des responsabilités
tout en s’assurant de conserver le contrôle. Il a su également jusqu’ici
contourner toutes les recommandations pourtant claires en faveur d’une
décentralisation véritable de plusieurs grandes commissions qui ont
parcouru le Québec : la Commission Parizeau sur les municipalités
(1986), la Commission Bélanger-Campeau sur l’avenir politique et
constitutionnel du Québec (1991), la Commission nationale sur l’avenir
politique du Québec (1995), Pacte 2000 sur la fiscalité municipale
(1999), etc..
Pourquoi pas maintenant?
Mais les citoyens et les communautés territoriales ne
sont toujours pas «maîtres chez eux», là et où ils sont les mieux placés
pour décider. Leur dévouement à s’investir dans ces structures de
concertation et dans d’innombrables projets locaux, sans jamais être sûr
de ne pas essuyer un refus ou un désaveu, fait en sorte qu’ils sont
parfaitement en mesure de se responsabiliser si on leur en donne les
moyens. Les jeunes diplômés qui sont nombreux à vouloir retourner en
région ne demandent pas mieux que de pouvoir exercer leurs compétences
au service de ces gouvernements et de ces projets territoriaux.
C’est à cet immense chantier que les auteurs de cet
ouvrage convient tous les citoyens, tous les élus et tous les partis
politiques : aménager un Québec des régions, donner aux régions du
Québec un statut politique, reconnecter les Québécois à leur territoire,
redonner une âme et une vie à ce pays. Les textes qui suivent
fournissent les plans d’ensemble et l’esprit qui doit animer ce chantier
de démocratisation qui devrait pouvoir nous conduire à une constitution
du Québec où nous aurons consigné collectivement ce qui nous constitue
comme pays et comme nation ainsi que la façon dont nous voulons nous
gouverner.
Le Québec et les partis politiques qui aspirent à le
diriger sont visiblement dans une impasse: paralysie parlementaire,
immobilisme économique, démobilisation sociale. Pour en sortir, ils
doivent renouveler leur programme, aller au-de la gestion courante des
services incontournables de santé ou d’éducation, au-delà aussi des
baisses d’impôt et des économies illusoires, et offrir aux Québécois un
nouvel horizon de vie collective et de développement, une nouvelle façon
de vivre et de partager les inquiétudes de la planète. Cette «Révolution
tranquille - phase deux», que constituent la décentralisation et la
démocratisation de l’État québécois, devrait offrir un chantier
stimulant pour tout le Québec au cours des années à venir,
particulièrement pour la nouvelle génération qui en a bien assez de se
faire rebattre les oreilles avec les réalisations historiques de la
révolution des boomers et les hypothèques qu’elle leur laisse en
héritage. Après s’être dotés d’un État fort, le moment est venu de nous
doter d’un pays réel, d’un pays qui appartient à ses citoyens d’un bout
à l’autre de notre territoire, d’un pays tourné vers le monde.
Pays non moins clandestin et sans papier pour
autant, direz-vous? À moins que cela ne nous redonne le goût de
normaliser nos papiers!
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